
Pouvez-vous nous présenter votre rôle au sein du parc éolien en mer de Saint-Nazaire ?
Anne-Laure Nogues : Je suis coordinatrice maritime sur le parc depuis septembre 2022. Aujourd’hui, nous sommes trois coordinateurs maritimes de jour, organisés en rotations de 12 heures. Notre rôle est d’avoir une vision globale de tout ce qui se passe sur le parc : les transferts de techniciens, les mouvements des bateaux, les opérations de maintenance, les interventions de plongeurs, les vols de drones ou d’hélicoptères, les conditions météo…
Nous empruntons un peu le fonctionnement d’une tour de contrôle. On surveille, on coordonne et on anticipe les risques pour que toutes les activités puissent cohabiter en sécurité.
« Nos installations permettent parfois d’entendre
ce que le CROSS ne capte pas »
Quels équipements permettent au parc de participer à cette veille maritime ?
ALN : Nous disposons d’une salle de contrôle équipée de sept écrans dédiés à la surveillance météo et vidéo. Chaque éolienne possède des caméras, et la sous-station offshore est également équipée de systèmes de surveillance orientables. Aujourd’hui, cela nous permet de couvrir visuellement environ 96 % du parc.
La sous-station offshore joue aussi un rôle important en matière de communication radio. Grâce aux relais installés sur le parc, nous pouvons parfois capter des échanges VHF qui n’atteignent pas directement le CROSS, notamment à cause de la distance ou des conditions de propagation.
C’est arrivé en 2025 lors du chavirage d’un trimaran. Le CROSS (Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage) n’avait pas reçu le message de détresse sur le canal 16, mais nos équipes l’ont capté depuis le parc. Nous avons alors pris contact avec le bateau pour récupérer les informations essentielles avant de les transmettre immédiatement au CROSS. Ensuite, les secours ont pu être engagés rapidement vers les navigants en difficulté.
Dans ce type de situation, le parc n’est pas le sauveteur. Mais il peut devenir un relais déterminant.
Qui circule aujourd’hui dans et autour du parc éolien ?
ALN : Le parc reste une zone maritime ouverte, donc il y a énormément d’usages qui se croisent. On voit passer des pêcheurs professionnels, des plaisanciers, des voiliers, des bateaux qui attendent leur entrée dans le port de Saint-Nazaire, mais aussi des scientifiques, des plongeurs ou des équipes techniques.
Cette cohabitation demande beaucoup de vigilance parce qu’il faut que chacun puisse travailler ou naviguer sans gêner les autres.
Avec les pêcheurs, par exemple, il existe une forme d’entente de bon sens. Ils évitent de poser leur matériel dans l’alignement des boat landings (ndlr : grandes échelles qui permettent aux techniciens d’accéder à la plateforme en haut de la fondation pour aller dans les éoliennes ou dans la sous-station en mer). Cela protège à la fois leur matériel et nos opérations.
Le parc n’a pas vocation à faire la police. En revanche, quand une situation présente un risque ou qu’un comportement nous semble dangereux, nous essayons toujours de prendre contact et de rétablir le dialogue.

Avec quels acteurs de la sécurité maritime travaillez-vous fréquemment ?
ALN : Le CROSS est notre principal interlocuteur sur les questions de secours en mer. C’est lui qui centralise les alertes, prend les informations et coordonne les moyens.
Ensuite, sur l’eau, ce sont les moyens opérationnels qui prennent le relais : la SNSM, la gendarmerie maritime, parfois les pompiers ou les hélicoptères déployés à la demande du CROSS.
De notre côté, nous ne faisons pas du secours à proprement parler. Le parc éolien en mer de Saint-Nazaire reste avant tout un exploitant industriel. Mais nous sommes un acteur présent en permanence sur zone, avec des moyens de surveillance, des relais radio et des bateaux déjà sur place.
Concrètement, cela fait du parc un maillon supplémentaire dans la chaîne d’information et de coordination.
Nous travaillons aussi avec le CCMM (Centre de Consultation Médicale Maritime) basé à Toulouse, qui intervient dans les situations médicales en mer.
Comment se passent les coordinations avec les secours lors d’exercices ou d’incidents réels ?
ALN : Un exercice croisé a été organisé l’année dernière avec la Préfecture maritime, le CROSS, la SNSM, la gendarmerie maritime et les pompiers. L’objectif, n’était pas seulement de tester les procédures. Mais aussi de permettre à chacun de mieux connaître les moyens des autres, les accès au parc, les contraintes techniques ou les équipements disponibles.
Sur un parc éolien, les interventions ne ressemblent pas forcément à celles menées ailleurs en mer. Il faut connaître les accès, les distances, les zones de circulation, les moyens disponibles sur la sous-station offshore ou les contraintes météo. Ces exercices créent surtout des habitudes de travail communes et une relation de confiance entre les équipes. Quand un incident réel survient, chacun sait déjà comment les autres fonctionnent.
On l’a vu récemment lors de l’incident impliquant un chalutier qui a touché une éolienne. Les équipes du parc ont pu récupérer deux personnes de l’équipage sur quatre à bord d’un CTV (Crew Transfer Vessel – embarcations de transfert de techniciens sur les éoliennes ou la sous-station) avant l’arrivée de la SNSM, qui a ensuite pris le relais pour le remorquage.
« La communication
reste le meilleur outil de sécurité »
Quel message souhaitez-vous adresser aux usagers de la mer qui naviguent dans le parc ou à proximité ?
ALN : Le parc éolien en mer de Saint-Nazaire n’est pas fermé aux usages maritimes. Les pêcheurs, plaisanciers ou plongeurs peuvent circuler dans la zone ou ses alentours. Quand les navigateurs sont équipés d’une VHF, d’un AIS ou qu’ils prennent simplement le temps de signaler leur présence, tout devient plus simple : on peut anticiper les croisements, éviter certaines manœuvres et surtout réagir beaucoup plus vite si un problème survient. La communication est essentielle.
L’été, avec l’augmentation du nombre de plaisanciers, la vigilance devient plus accrue. On constate d’ailleurs une hausse des incidents ces dernières années, probablement parce que le parc fait désormais partie du paysage et que les usagers osent davantage s’en approcher. Notre objectif n’est pas d’empêcher les gens de naviguer ici, au contraire. Le but, c’est que cette cohabitation se passe dans les meilleures conditions possibles pour tout le monde.
Retrouvez toutes les informations nécessaires à la bonne navigation au sein du parc sur notre page : Navigation dans le parc