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Le parc éolien de saint-nazaire à l’écoute de son environnement

Au large de Saint-Nazaire, le parc éolien ne se limite pas à ce que l’on voit en surface. Sous l’eau, un suivi acoustique rigoureux cherche à comprendre comment s’articulent les sons du milieu marin et ceux liés à l’activité humaine. Portée par le bureau d’études SOMME, cette démarche s’inscrit dans un cadre réglementaire exigeant. Prenez votre inspiration et tendez l’oreille, Delphine Mathias (Directrice du bureau d’étude chez SOMME) et Gaëtan Richard (chargé d’études en acoustique sous-marine chez SOMME) nous invitent à plonger dans le paysage sonore du parc.
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Un suivi réglementaire pour mesurer
Le suivi acoustique du parc répond à une obligation réglementaire qui vise à mesurer le bruit sous-marin et à suivre la présence des mammifères marins afin d’évaluer les potentiels effets du parc en fonctionnement. Ce dispositif, mis en place depuis 2023, repose sur des stations d’écoute positionnées selon un protocole défini et validé avec les services de l’Etat. « Ce type de suivi s’inscrit dans une obligation réglementaire liée aux études d’impact », rappelle Delphine Mathias.

Un paysage sonore où tout est lié
Le suivi met en évidence un point essentiel,contrairement à l’idée commune reçue, le milieu sous-marin est loin d’être silencieux. Il est structuré par la biophonie (les sons du vivant), la géophonie (les sons naturels abiotiques) et l’anthropophonie (les sons liés aux activités humaines). Au large de Saint-Nazaire, cela inclut notamment les vocalises de dauphins et de marsouins, les bruits du vent et de la houle, mais aussi ceux des éoliennes, et de tous es bateaux qui transitent. Qu’il s’agisse des navires de maintenance, de pêche, de plaisance ou de commerce. « Le milieu sous-marin est très sonore, il propage très bien le son », rappelle Delphine Mathias.

La houle produit également des sons dans des gammes de fréquence proches de celles des éoliennes. « On a des sources naturelles et des sources anthropiques qui se superposent », précise Gaëtan Richard. L’ensemble forme un paysage acoustique complexe, où les différentes sources sont étroitement imbriquées et évoluent en permanence.

Au-delà de l’analyse scientifique, ces enregistrements offrent une manière concrète d’appréhender le milieu sous-marin. « On capte un paysage sonore complet », rappelle Gaëtan Richard.

 

Mesurer le bruit et comprendre sa propagation
Pour analyser ce paysage sonore, quatre stations d’écoute équipées de micros sont déployées sur le fond marin. Ces enregistreurs captent l’ensemble des fréquences, des plus basses, associées aux activités humaines, aux plus élevées, correspondant notamment aux vocalises des marsouins. Les stations sont positionnées à proximité des éoliennes, au centre du parc et en périphérie, afin d’étudier à la fois le bruit d’une éolienne en fonctionnement et sa propagation dans l’environnement.

« On mesure d’abord le bruit ambiant quand les éoliennes ne fonctionnent pas, pour avoir une base de référence », explique Gaëtan Richard. L’analyse permet ensuite d’estimer l’empreinte sonore du parc, c’est-à-dire la distance à laquelle le bruit du parc se propage avant de se diluer dans ce bruit ambiant. Le son produit par les éoliennes est constant et de basse fréquence, entre 10 et 250 Hz (similaire à une vibration sourde).

Concernant les espèces, il apporte un élément important : « Les dauphins et les marsouins n’entendent pas ces sons, car ils sont à des fréquences trop basses pour eux. » En revanche, d’autres espèces comme certains phoques ou baleines pourraient les détecter.

Suivre les espèces et produire des connaissances durables
Le suivi se concentre sur des espèces dites “à enjeu”, notamment le marsouin commun et plusieurs espèces de dauphins, protégées au titre de la Directive Habitats. Leur identification reste toutefois complexe. « Les caractéristiques de leur répertoire acoustique peuvent être similaires », précise Gaëtan Richard. Les enregistrements permettent également de détecter des sons de poissons, sans pouvoir encore les attribuer précisément à des espèces précises.

Les premières analyses montrent de nombreuses détections de cétacés sur l’ensemble des stations. « Les résultats sont cohérents avec les résultats des études menées avant l’installation du parc éolien », indique Delphine Mathias. Elle complète également : « Comme dans tout environnement, la présence des espèces varie naturellement selon les ressources alimentaires ou la température de l’eau.»

Ce suivi, lancé en 2023 sur une durée de trois ans, constitue le premier dispositif de ce type sur un parc éolien en fonctionnement en France avec un tel niveau d’observation. « Cela permet aussi de faire le lien entre des études réglementaires et des travaux de recherche », souligne-t-elle. Les résultats sont présentés aux comités de suivi puis rendus publics sur le site de l’Observatoire de l’éolien en mer. De plus, SOMME a pu communiquer les résultats de la première année de suivi lors de conférences scientifiques. Cette étude permet de faire un lien direct entre les études industrielles réglementaires et la valorisation des résultats auprès de la communauté scientifique.